En Mayenne, un château classé freine un ambitieux projet de ferme solaire

À Cossé-en-Champagne, le château classé au cœur du refus de la ferme solaire

À Cossé-en-Champagne, en Mayenne, le projet de ferme solaire porté par TotalEnergies Renouvelables France se heurte à un obstacle qui ne se résume pas à une opposition de principe aux panneaux photovoltaïques. Le tribunal administratif de Nantes a confirmé le refus de la préfète, estimant que l’implantation prévue risquait de modifier fortement un paysage bocager remarquable, visible depuis le château de Viré-en-Champagne, monument historique classé. Le dossier met ainsi face à face deux objectifs publics : développer l’énergie solaire et préserver le patrimoine historique.

Le jugement, daté du 15 septembre 2026 et rendu public à la fin du mois d’octobre, concerne un projet envisagé au lieu-dit L’Aubaudière. La société prévoyait d’y installer 29 256 panneaux sur une emprise de 34,6 hectares. Les rangées auraient occupé environ sept hectares au sol, mais l’ensemble de l’aménagement aurait couvert une superficie bien plus vaste, en raison des espaces laissés entre les équipements et des infrastructures nécessaires à leur fonctionnement.

Cette distinction entre emprise directe et surface totale est essentielle pour comprendre le débat. Un panneau ne recouvre pas toute la parcelle, mais les rangées, les accès, les équipements électriques et les changements de perception du site composent un projet qui se lit à l’échelle du paysage. À Cossé-en-Champagne, les juges ont retenu la topographie vallonnée et la visibilité depuis les reliefs qui dominent la vallée du Treulon.

La proximité du château donne au dossier une dimension particulière. L’édifice se dresse sur un éperon naturel, d’où s’ouvrent des vues profondes vers le sud. Le chemin d’accès projeté à la centrale se trouve lui-même dans le périmètre de protection du monument, ce qui place l’aménagement dans un environnement où les covisibilités et les perspectives comptent autant que la distance séparant les panneaux des murs du château.

Le site appartient à l’unité paysagère du Bas Maine, caractérisée ici par des vallons bocagers et par la présence de la rivière du Treulon. Le tribunal décrit un paysage ondulé, avec un bocage dense et de qualité, même si aucun classement paysager spécifique ne s’y applique. L’absence d’une protection formelle du paysage n’a donc pas rendu celui-ci indifférent aux juges : son intérêt a été apprécié à partir de ses qualités concrètes et de son exposition.

La société défendait une ferme solaire conçue pour concilier production électrique et élevage. Ses panneaux mobiles devaient suivre la course du soleil, tandis que 300 agneaux et 50 brebis de réforme auraient pâturé sous les structures. Cette présentation agrivoltaïque n’a cependant pas suffi à établir que l’installation était nécessaire à l’activité agricole, ni à effacer les conséquences visuelles relevées par la décision.

Le cas montre qu’un château classé ne bloque pas automatiquement toute énergie solaire à proximité. Il oblige plutôt à examiner avec précision les vues, les reliefs, les accès et la manière dont le projet s’insère dans son environnement. À L’Aubaudière, c’est la combinaison de ces facteurs, et non la seule présence du monument, qui a pesé dans la décision.

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Un projet photovoltaïque agricole contesté malgré ses promesses d’élevage

TotalEnergies Renouvelables France présentait l’installation comme une ferme solaire exemplaire, associant production d’électricité et maintien de l’élevage ovin. L’idée générale de l’agrivoltaïsme est séduisante : des panneaux surélevés ou espacés peuvent laisser place aux cultures ou aux animaux, tout en produisant une électricité décarbonée. Mais le label ne tranche pas, à lui seul, la question de la compatibilité réelle entre l’activité agricole et l’équipement proposé.

Dans le projet mayennais, le troupeau annoncé comprenait 300 agneaux et 50 brebis de réforme. Les structures devaient suivre le soleil au fil de la journée, une configuration qui peut optimiser la production électrique et créer des zones d’ombre pour les animaux. Pour évaluer l’intérêt agricole, il faut toutefois regarder les conditions concrètes : circulation du troupeau, accès aux parcelles, entretien des clôtures, gestion des sols et organisation du travail de l’éleveur.

Le commissaire enquêteur avait rendu un avis défavorable, qualifiant le projet de nature industrielle et estimant qu’il n’était pas indispensable à l’activité agricole. La préfète s’est appuyée sur cette appréciation lorsqu’elle a refusé l’autorisation en septembre 2025. Elle a également relevé que le dossier ne démontrait pas qu’une recherche de site alternatif avait été menée par l’entreprise.

Un avis favorable de la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers avait pourtant été obtenu. Cette étape favorable n’équivalait pas à une autorisation définitive : l’instruction devait aussi prendre en compte l’enquête publique, les règles d’urbanisme, la protection des paysages et les autres intérêts concernés. Dans les procédures d’aménagement, les avis des organismes consultés éclairent la décision, mais ne remplacent pas l’examen global du dossier par l’autorité compétente.

Pour les agriculteurs, la promesse de revenus complémentaires peut être attractive, surtout dans un secteur où les marges de l’élevage sont fragiles. Mais un contrat énergétique ne doit pas faire oublier la question du contrôle des terres et de la place accordée à l’activité agricole. Les critères de l’agrivoltaïsme demandent que l’installation apporte un service à la production agricole et que celle-ci demeure réelle, centrale et durable. Un pâturage maintenu sur le papier ne suffit pas si l’exploitation devient secondaire dans la conception ou l’usage des parcelles.

Les débats autour du photovoltaïque et des agriculteurs illustrent cette exigence : chaque projet doit être examiné dans ses détails, plutôt que jugé uniquement à partir de sa promesse de double usage. Une exploitation d’élevage peut tirer parti d’ombrières ou d’une production locale, mais les bénéfices doivent être démontrés et les contraintes évaluées avec les personnes qui travaillent effectivement sur le terrain.

À Cossé-en-Champagne, la question agricole n’a donc pas été le seul verrou, mais elle a contribué à fragiliser la défense du dossier. Pour convaincre, un projet photovoltaïque agricole doit expliquer avec des preuves comment il soutient l’exploitation, comment il s’adapte au relief et pourquoi son implantation est préférable à une autre. L’intention de produire proprement compte ; la démonstration concrète compte davantage.

Pourquoi les juges ont estimé que le paysage serait profondément transformé

Dans sa décision, le tribunal administratif de Nantes ne s’est pas contenté de constater que des panneaux seraient visibles depuis les alentours. Les juges ont relié cette visibilité à la configuration précise du site : une succession de vallons, des reliefs qui surplombent la vallée du Treulon et un château installé sur une position dominante. Le raisonnement porte donc sur la façon dont la centrale aurait pris place dans un paysage déjà lisible et cohérent.

La ferme solaire aurait été visible depuis plusieurs points des environs, notamment depuis les hauteurs qui encadrent la vallée et depuis le château de Viré-en-Champagne. Les panneaux auraient ainsi formé un ensemble nouveau dans des perspectives ouvertes au sud. Même si chaque module reste bas par rapport à un bâtiment, leur répétition sur de grandes parcelles peut créer une présence visuelle étendue, surtout lorsque le terrain est vallonné.

Les magistrats ont aussi relevé l’absence de traitement paysager particulier dans le projet présenté. Des haies, des plantations ou des adaptations du plan peuvent réduire certaines vues, mais elles ne les font pas disparaître par magie. Leur efficacité dépend de la hauteur des équipements, des saisons, de la distance et de la topographie. Une haie qui masque une rangée depuis une route peut laisser les panneaux visibles depuis un belvédère situé plus haut.

TotalEnergies soutenait que les boisements existants limiteraient l’impact visuel. Le tribunal a considéré que le dossier ne démontrait pas que ces arbres suffiraient à contenir les vues. Cette appréciation rappelle une règle pratique de conception : les écrans végétaux ne remplacent pas une étude visuelle robuste, menée depuis les points sensibles et à différentes périodes de l’année. En hiver, par exemple, les feuillages caducs ne jouent pas le même rôle qu’en été.

Les juges ont également écarté l’argument selon lequel le château étant une propriété privée, son rôle dans l’analyse serait diminué. Le statut privé du monument ne supprime pas sa valeur patrimoniale ni l’intérêt collectif attaché à sa protection. La protection du patrimoine concerne l’édifice, mais aussi, selon les situations, les abords et les vues qui contribuent à sa mise en valeur.

Cette décision ne signifie pas que le paysage bocager serait intouchable, ni que chaque projet visible depuis un monument doit être refusé. Elle souligne plutôt qu’un aménagement de grande ampleur doit être évalué à la bonne échelle. Un plan parcellaire peut sembler discret sur une carte, alors que la vue depuis une crête révèle une installation beaucoup plus présente. L’analyse paysagère doit donc s’appuyer sur des photomontages fiables, des relevés de terrain et des variantes d’implantation crédibles.

Le principal enseignement est simple : l’intégration paysagère se prépare dès le choix du site, et non au dernier moment avec quelques plantations ajoutées au dossier. Quand le relief expose naturellement les équipements, la réduction de l’emprise ou la recherche d’une parcelle moins sensible peut s’avérer plus efficace qu’un écran végétal. C’est cette logique que le jugement fait ressortir pour le projet mayennais.

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Aménagement du territoire et conflit d’usage autour de l’énergie solaire

Le dossier de Cossé-en-Champagne illustre un conflit d’usage qui dépasse le choix entre panneaux et absence de panneaux. Le territoire doit accueillir des activités agricoles, préserver un paysage et produire davantage d’énergies renouvelables. Ces fonctions peuvent parfois cohabiter, mais elles ne se superposent pas automatiquement sans tension, surtout lorsque le projet occupe plusieurs dizaines d’hectares et se situe près d’un monument historique.

L’aménagement du territoire consiste précisément à arbitrer entre ces intérêts, en regardant les conséquences à long terme. Pour une commune rurale, une centrale peut apporter des recettes, des travaux et une contribution à l’approvisionnement électrique. Pour les habitants et les défenseurs du patrimoine, l’enjeu porte aussi sur les paysages du quotidien, les perspectives depuis les chemins et la transformation d’un espace agricole familier.

Le projet était contesté par l’Association des riverains de la vallée du Treulon et par Mayenne Nature Environnement. Leur opposition s’ajoutait aux avis rendus durant l’instruction, sans se confondre avec la décision judiciaire. Les recours et observations ont notamment permis de rendre visibles les préoccupations concernant l’effet paysager et la nature industrielle de l’aménagement, tandis que l’entreprise défendait les bénéfices énergétiques et agricoles attendus.

Une opposition locale ne rend pas une centrale automatiquement illégale ; inversement, la contribution aux objectifs climatiques ne garantit pas qu’un projet sera autorisé. L’évaluation doit vérifier la conformité aux règles, l’intérêt du site, les solutions de réduction des impacts et la cohérence avec les usages existants. Pour les développeurs, travailler tôt avec les élus, les agriculteurs, les habitants et les associations peut améliorer les choix d’implantation et éviter de découvrir trop tard un point de blocage majeur.

La comparaison avec d’autres types d’installations peut aider à ouvrir des pistes, sans prétendre qu’une solution convient partout. Des toitures, des parkings équipés d’ombrières ou des terrains déjà artificialisés peuvent accueillir du solaire tout en limitant la pression sur les paysages agricoles. Des exemples d’ombrières solaires sur des espaces de stationnement montrent comment la production électrique peut s’intégrer à des infrastructures déjà présentes.

La recherche de sites alternatifs relevée par la préfète est donc un enjeu central. Comparer plusieurs emplacements permet de savoir si la production visée peut être obtenue avec moins d’effets sur les terres agricoles et le patrimoine. Une telle analyse doit être sincère : comparer des variantes manifestement irréalisables ne répond pas à la question de l’évitement des impacts.

La transition énergétique gagne en solidité quand les projets sont conçus avec le territoire plutôt que simplement posés sur lui. À Cossé-en-Champagne, le conflit n’oppose pas l’énergie solaire à toute protection de la nature ; il met en lumière la nécessité de choisir où, comment et à quelle échelle produire. Cette exigence peut rendre les projets plus exigeants, mais aussi plus durables.

Quel avenir pour le projet solaire de Cossé-en-Champagne après le jugement

Après la décision du tribunal administratif, TotalEnergies Renouvelables France a été déboutée de son recours contre le refus préfectoral. Le jugement a validé l’analyse selon laquelle l’impact visuel sur le paysage et les abords du château justifiait le veto. La société disposait jusqu’au 15 novembre 2026 pour faire appel, selon les informations publiées au sujet du dossier.

Un éventuel appel ne signifierait pas que le projet est autorisé pendant l’examen de la procédure. Il viserait à faire réévaluer le jugement par la juridiction compétente. En l’absence d’informations établissant qu’un appel a effectivement été déposé, il convient de distinguer la possibilité juridique de contester la décision de la suite réellement donnée au dossier.

Pour le projet initial, la voie d’un nouvel examen supposerait de répondre aux motifs qui ont conduit au refus. Une modification de l’emprise, un déplacement des rangées, une étude plus approfondie des vues ou des mesures paysagères réellement efficaces pourraient nourrir un dossier différent. Toutefois, un simple habillage visuel ne réglerait pas nécessairement le problème si la topographie continue d’exposer la centrale depuis le château et les hauteurs voisines.

La démarche pourrait également passer par une comparaison sérieuse avec d’autres sites. C’est précisément l’absence de recherche d’alternative qui avait été mise en avant par la préfète. Une autre parcelle moins sensible pourrait réduire les tensions, même si elle pose à son tour des questions agricoles, écologiques ou techniques. Le choix du site détermine souvent davantage l’acceptabilité d’une centrale que les ajustements apportés une fois son implantation décidée.

Pour les riverains, l’affaire rappelle qu’un paysage rural n’est pas seulement un décor, mais un espace habité, travaillé et transmis. Pour les porteurs de projets, elle rappelle aussi que l’énergie solaire dispose d’un avenir concret en Mayenne, à condition que les installations soient correctement situées et que leurs bénéfices locaux soient clairement établis. Une production électrique renouvelable peut être ambitieuse sans ignorer les particularités du lieu.

Le développement des énergies renouvelables exige enfin de ne pas confondre puissance installée et qualité de l’aménagement. Une centrale bien pensée peut contribuer à la transition, soutenir une activité agricole et préserver les vues importantes ; une implantation mal adaptée risque au contraire de susciter un conflit durable et de retarder la production attendue. Le dossier de Cossé-en-Champagne place donc au premier plan une question très concrète : comment accélérer l’énergie solaire sans banaliser les paysages qui font l’identité d’un territoire ?

Dans cette affaire, la réponse judiciaire repose sur les caractéristiques du site et les éléments examinés par les juges, et non sur une interdiction générale des centrales photovoltaïques près des monuments. C’est une nuance importante pour les futurs projets : le patrimoine historique et la transition énergétique peuvent avancer ensemble, mais seulement si l’implantation respecte la géographie, les usages et les vues propres à chaque lieu.

À l’échelle locale, la décision transforme le château classé en repère pour penser les projets à venir : non comme un obstacle automatique, mais comme un signal invitant à concevoir autrement. Une planification qui examine les alternatives dès le départ, associe les acteurs du territoire et documente les impacts visuels donne à l’énergie solaire de meilleures chances de trouver sa place.

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