El Foulia, un parc photovoltaïque géant au cœur de l’Algérie
À Guemar, dans la wilaya d’El Oued, le paysage s’est enrichi d’une infrastructure appelée à compter dans l’histoire énergétique du pays. La centrale solaire d’El Foulia rassemble 69 champs solaires et près de 650 000 panneaux répartis sur 600 hectares. Avec une puissance annoncée de 300 mégawatts, elle devient la plus grande installation photovoltaïque d’Algérie et la deuxième plus importante d’Afrique, derrière le vaste complexe égyptien de Benban.
Ces dimensions donnent une idée de l’ampleur du chantier, mais les chiffres prennent tout leur sens lorsqu’on les imagine sur place : des rangées de modules s’étendent à perte de vue, orientées pour capter le rayonnement solaire abondant de la région. Cette organisation en plusieurs champs permet de répartir la production et de gérer l’installation comme un ensemble de zones coordonnées. Chaque panneau transforme la lumière en courant continu, ensuite converti pour être injecté dans le réseau électrique.
La réalisation a été menée en moins de deux ans, un calendrier rapide pour un projet de cette taille. Il a fallu préparer les terrains, installer les structures, assembler les panneaux et raccorder les équipements électriques. La rapidité compte, bien sûr, mais elle ne suffit pas à faire une centrale performante : la qualité de l’exploitation, la maintenance et la capacité à acheminer l’électricité vers les consommateurs pèseront tout autant dans la durée.
Une deuxième place africaine qui change d’échelle
Le rang continental d’El Foulia offre un repère facile à comprendre. Seul Benban, en Égypte, dépasse le site algérien en superficie et en ampleur globale. Cette comparaison montre aussi que l’Afrique n’est pas seulement un territoire doté d’un immense potentiel solaire : plusieurs pays y construisent des infrastructures capables de produire de l’électricité à grande échelle.
À l’inauguration, le ministre de l’Énergie, Mourad Adjal, a salué une réalisation nationale majeure. Le symbole est fort, mais l’enjeu se mesure surtout dans le fonctionnement concret du réseau : chaque mégawatt produit par le soleil peut contribuer à diversifier les sources d’approvisionnement. Dans une région où le rayonnement est une ressource quotidienne, les panneaux donnent une forme industrielle à une énergie qui, autrement, resterait largement inexploitée.
Pour comprendre comment de tels projets s’inscrivent dans des territoires très différents, les exemples de parcs photovoltaïques développés en France offrent un point de comparaison utile, même si leurs tailles et leurs contextes ne sont pas ceux du Sahara. El Foulia rappelle une évidence : la puissance d’un projet se juge autant à son ampleur qu’à son raccordement et à son intégration au système électrique.
Cette centrale fait donc plus que battre un record national : elle matérialise la possibilité de faire du soleil un pilier de la production électrique algérienne.

Une centrale solaire de 300 MW pour diversifier la production d’électricité
La puissance installée d’El Foulia atteint 300 mégawatts, une capacité qui place le projet au premier plan du parc photovoltaïque algérien. Ce chiffre désigne la puissance maximale que les équipements peuvent fournir dans des conditions favorables. La production réelle varie, elle, selon l’ensoleillement, la température, la disponibilité des panneaux et les besoins du réseau. Un parc solaire ne produit donc pas constamment à son maximum, mais il peut livrer une quantité importante d’électricité pendant les heures lumineuses.
Cette précision est essentielle pour comprendre le rôle du site. L’Algérie s’appuie encore très largement sur le gaz naturel pour faire fonctionner ses centrales thermiques. Le solaire ne remplace pas instantanément ces installations, qui restent nécessaires lorsque la demande augmente ou que le soleil se couche. Il ajoute plutôt une source complémentaire : en journée, l’électricité photovoltaïque peut réduire la quantité de gaz brûlée pour répondre aux besoins du pays.
Le bénéfice dépend alors de la coordination entre les moyens de production. Quand les panneaux fournissent beaucoup, les centrales thermiques peuvent ajuster leur fonctionnement, sous réserve des capacités techniques du réseau. Le soir, lorsque la production solaire décroît, d’autres ressources prennent le relais. Cette complémentarité explique pourquoi la transition énergétique ne consiste pas simplement à construire des panneaux : elle implique aussi des lignes de transport adaptées, une planification précise et une gestion équilibrée de la demande.
Le défi du réseau et des heures de pointe
Imaginons une ville qui connaît une forte demande au milieu d’une journée chaude, lorsque climatiseurs et équipements tournent à plein régime. À ce moment, une centrale solaire peut fournir une contribution précieuse. Mais si les pics de consommation se déplacent vers la soirée, le réseau doit disposer d’autres moyens de production ou de solutions de stockage pour maintenir l’alimentation. Voilà pourquoi les 300 MW annoncés sont un indicateur de capacité, pas une promesse de production identique à toute heure.
À mesure que les installations se multiplient, la prévision météorologique et la conduite du réseau deviennent plus importantes. Les équipes doivent anticiper les variations d’ensoleillement et adapter les autres centrales. Le développement de batteries, lorsque leur coût et leur déploiement le permettent, peut également aider à conserver une partie de l’énergie produite à midi pour la restituer plus tard. Dans tous les cas, l’objectif est de transformer une ressource variable en service électrique fiable.
La place du gaz reste donc une donnée centrale du débat. En diversifiant progressivement ses approvisionnements, l’Algérie peut limiter l’exposition de son système à une seule filière et réserver davantage de gaz à d’autres usages, selon les arbitrages nationaux. Une centrale de 300 MW ne bouleverse pas seule un modèle énergétique, mais elle fournit un point d’appui concret pour le faire évoluer.
La valeur d’El Foulia se mesurera finalement dans sa capacité à produire au bon moment et à s’intégrer sans fragiliser l’approvisionnement.
El Foulia s’inscrit dans l’essor des énergies renouvelables en Algérie
El Foulia n’arrive pas seul. Selon les informations communiquées autour du programme, il s’agit du troisième projet solaire de ce type mis en service en 2026, après des centrales implantées dans l’est du pays, au sud d’Alger, ainsi qu’à El Ghrous et El M’Ghair. Ces installations affichent des capacités un peu inférieures, mais leur succession indique une accélération du déploiement : le solaire passe des annonces à une série de chantiers qui deviennent des actifs de production.
Cette approche par étapes compte. Une centrale géante attire l’attention, tandis que plusieurs projets répartis dans différentes régions peuvent rapprocher la production des infrastructures existantes et diversifier les points d’injection sur le réseau. Le choix des sites doit prendre en compte l’ensoleillement, la nature des terrains, les raccordements et les contraintes locales. L’objectif n’est pas de couvrir le désert de panneaux sans discernement ; il s’agit de bâtir des installations utiles, raccordables et correctement exploitées.
Le gouvernement affiche un objectif de 15 000 mégawatts de capacité photovoltaïque à l’horizon 2035. Les documents repris dans les informations disponibles évoquent parfois « 15 000 watts », mais cette unité serait incompatible avec l’échelle du programme : 15 000 watts ne représentent que 15 kilowatts. L’objectif se comprend donc comme 15 000 mégawatts, soit 15 gigawatts de puissance photovoltaïque, une ambition qui suppose une montée en cadence marquée.
De l’ambition nationale aux projets régionaux
Le calendrier annoncé prévoit aussi deux nouvelles centrales dans la wilaya d’El Oued au premier trimestre 2027, avec des puissances respectives de 200 et 100 mégawatts. Leur mise en service ajouterait des capacités importantes dans une région déjà associée à El Foulia. Cette concentration peut faciliter la création d’un savoir-faire local, depuis l’exploitation technique jusqu’à la maintenance des équipements, mais elle exige une attention particulière au réseau et aux besoins des communes voisines.
Chaque projet peut également devenir une occasion de former des techniciens et des ingénieurs aux métiers du photovoltaïque. Le nettoyage des panneaux, le contrôle des onduleurs, la surveillance des connexions et la détection des défauts sont des tâches régulières, pas de simples opérations de lancement. Dans un environnement poussiéreux, les choix de maintenance comptent particulièrement : une fine couche de sable suffit à réduire la lumière captée et donc la production.
Les projets solaires français montrent, à une autre échelle, combien les réalités locales façonnent le développement d’une centrale. Un exemple de parc photovoltaïque dans la Drôme permet de rapprocher le débat des questions d’aménagement et de raccordement, sans confondre les contextes saharien et européen. Pour l’Algérie, l’enjeu est de transformer son avantage d’ensoleillement en une filière durable, avec des compétences et des infrastructures qui restent utiles bien après l’inauguration.
La cadence des prochains chantiers dira si le cap de 2035 devient une trajectoire industrielle solide plutôt qu’un simple objectif affiché.

Les retombées locales d’un grand parc photovoltaïque saharien
Une centrale solaire s’évalue aussi à l’échelle du territoire qui l’accueille. À Guemar, un chantier de 600 hectares mobilise des opérations de préparation, de transport, d’installation et de raccordement. La construction en moins de deux ans suppose une organisation soutenue et une coordination entre les différents corps de métier. Une fois les travaux achevés, l’activité change de nature : les besoins en main-d’œuvre sont moins concentrés, mais l’exploitation exige des équipes techniques présentes dans la durée.
Pour les habitants, les retombées les plus concrètes peuvent venir des emplois, des contrats de service et de la formation. La maintenance électrique, la sécurité du site et l’entretien des voies d’accès demandent des compétences spécifiques. Si les acteurs locaux sont associés à ces missions, une infrastructure énergétique peut contribuer à créer une expérience professionnelle transférable à d’autres centrales. C’est un aspect moins spectaculaire que les centaines de milliers de panneaux, mais il conditionne une partie de la valeur laissée dans la région.
Le climat impose toutefois des contraintes bien réelles. La poussière, les températures élevées et l’exposition prolongée au soleil influencent le rendement et l’usure des équipements. Les modules doivent être inspectés, nettoyés selon des méthodes adaptées et suivis par des systèmes de contrôle capables de repérer rapidement une baisse de performance. L’eau mérite une gestion attentive : dans un environnement aride, le nettoyage des panneaux ne peut pas être pensé comme une opération banale ou illimitée.
Concilier rendement solaire et développement durable
Le développement durable d’un parc ne se résume pas à produire une électricité renouvelable. La préparation du terrain, la gestion des ressources, la protection des milieux et le traitement des équipements en fin de vie doivent aussi être considérés. Un projet bien conçu cherche à réduire les effets de son implantation, à prévenir les perturbations évitables et à organiser le suivi environnemental pendant l’exploitation.
Le recyclage constitue un autre sujet à anticiper. Les panneaux photovoltaïques sont conçus pour fonctionner pendant de nombreuses années, mais ils ne sont pas éternels. Dès la mise en service, prévoir les filières de collecte et de valorisation des matériaux permet d’éviter que les équipements usagés deviennent un problème futur. La même logique vaut pour les onduleurs et les composants électriques : la transition énergétique gagne en cohérence lorsque le cycle de vie des installations est pris au sérieux.
Les projets doivent aussi s’appuyer sur un dialogue local clair. Expliquer où passe l’électricité, quelles activités seront maintenues sur le site et comment seront traitées les questions liées à l’eau ou à l’accès aide à rendre le chantier plus lisible pour les riverains. Une centrale peut être impressionnante à distance, mais sa réussite se joue souvent dans des décisions quotidiennes, discrètes et vérifiables.
El Foulia apporte ainsi une démonstration industrielle, mais sa réussite durable dépendra autant de la gestion du territoire et des équipements que de la quantité d’électricité produite.
La transition énergétique algérienne face au défi du passage à grande échelle
Avec El Foulia, l’Algérie dispose d’une centrale solaire de référence, mais le défi principal commence après l’inauguration : reproduire les capacités, raccorder les nouvelles installations et maintenir leur rendement. Atteindre 15 gigawatts photovoltaïques d’ici à 2035 demanderait un flux continu de projets, des équipements disponibles et une planification coordonnée. Il faudra aussi assurer la stabilité du réseau à mesure que la part de la production dépendant du soleil augmente.
La diversification ne signifie pas que toutes les centrales thermiques pourront fermer à court terme. Le gaz reste aujourd’hui le socle du système électrique algérien, tandis que le photovoltaïque apporte une ressource complémentaire pendant les heures ensoleillées. Une évolution bien conduite repose sur des étapes cohérentes : augmenter les capacités renouvelables, renforcer les lignes de transport, développer les outils de prévision et examiner les solutions de stockage lorsque les besoins et les coûts le justifient.
La place du solaire dans l’économie dépendra aussi de la façon dont l’électricité est utilisée. Une production abondante en milieu de journée peut mieux servir le pays si les activités industrielles, les pompages ou certains usages flexibles peuvent s’aligner sur ces heures. Ce genre d’ajustement ne remplace pas les infrastructures, mais il aide à tirer davantage parti de la puissance installée sans laisser l’énergie disponible sous-exploitée.
Un modèle africain en construction
À l’échelle de l’Afrique, le classement d’El Foulia attire l’attention sur le potentiel de l’Algérie, mais les trajectoires énergétiques restent propres à chaque pays. Benban, en Égypte, témoigne déjà de la possibilité de bâtir des complexes de grande ampleur ; le site algérien ajoute une nouvelle référence au paysage continental. Ces réalisations peuvent soutenir l’échange de compétences et de retours d’expérience, notamment sur la maintenance en zone désertique et la gestion des fortes variations de production.
Pour les entreprises et les collectivités, la multiplication des projets ouvre également des questions très pratiques : comment assurer la disponibilité des pièces, former des spécialistes et organiser une surveillance efficace à distance ? Une centrale de cette taille repose sur des milliers d’équipements interconnectés. La détection rapide d’un défaut, parfois limité à un onduleur ou à une rangée de modules, peut éviter une perte de production plus large.
Les comparaisons avec d’autres territoires restent utiles pour observer des solutions d’aménagement et de raccordement. Un projet photovoltaïque en Bretagne évolue sous un climat et dans un cadre foncier très différents, mais rappelle que toute centrale doit composer avec son environnement, ses usages et ses infrastructures. Dans le Sahara, le soleil est une ressource exceptionnelle ; le transformer en électricité fiable demande néanmoins des choix d’ingénierie précis et une continuité d’investissement.
El Foulia marque une avancée tangible pour les énergies renouvelables en Algérie, et le test décisif sera désormais la régularité des réalisations qui suivront.
Passionné par les énergies renouvelables, j’ai 27 ans et je consacre ma carrière à promouvoir l’énergie solaire. Mon objectif est de rendre cette source d’énergie propre accessible à tous, tout en contribuant à la protection de notre planète. Je crois fermement en un avenir durable et en l’innovation technologique pour y parvenir.