Agrivoltaïsme dans les Landes : Terr’Arbouts voit deux permis annulés sur 53 par la justice, un voisin réagit

Les premiers remous judiciaires autour du projet agrivoltaïque Terr’Arbouts dans les Landes

Le projet Terr’Arbouts, emblématique de l’agrivoltaïsme dans les Landes, connaît un rebondissement judiciaire qui fait couler beaucoup d’encre. Alors que 53 permis de construire avaient été délivrés pour installer près de 690 000 panneaux photovoltaïques sur environ 700 hectares de terres agricoles, la justice a récemment annulé deux de ces permis sur la zone où réside un voisin particulièrement vigilant, Frédéric Prothin.

Ce dernier, riverain concerné par les îlots 28 et 30, contestait la validité de ces autorisations, estimant que l’étude d’impact environnemental ne prenait pas en compte de manière satisfaisante des éléments cruciaux comme la biodiversité locale, les paysages ou encore l’érosion des sols. Après un rejet initial du tribunal administratif en août 2025, la cour administrative d’appel de Bordeaux a rendu un arrêt en juin 2026 en faveur de ce voisin, annulant ces deux permis spécifiques tout en laissant les autres intacts. Cette décision met en lumière la complexité d’un projet aussi vaste mêlant agriculture et énergie solaire, mais aussi les tensions latentes entre développement durable et préservation du territoire.

En effet, Terr’Arbouts n’est pas une simple centrale photovoltaïque. Il s’agit d’une initiative d’envergure portée par 35 agriculteurs réunis au sein de l’association PATAV et l’énergéticien GLHD, visant à produire de l’électricité solaire tout en cultivant en zéro phyto sous les panneaux, dans un souci de lutte contre la pollution à l’herbicide S-métolachlore qui a longtemps fragilisé la qualité des nappes phréatiques locales. Ce double objectif place ce projet au cœur des ambitions agricoles et énergétiques régionales, mais aussi au centre d’un débat houleux sur son implantation et ses impacts territoriaux.

agrivoltaïsme dans les landes : terr’arbouts voit deux de ses 53 permis annulés par la justice, suscitant la réaction d'un voisin.

Impact écologique et enjeux environnementaux pointés par la justice dans l’agrivoltaïsme landais

Le recours introduit par Frédéric Prothin a fait émerger plusieurs critiques précises qui ont convaincu la cour administrative d’appel. L’un des arguments majeurs porte sur une insuffisance manifeste dans l’évaluation du risque d’érosion des sols occasionné par l’installation des panneaux. Ces terres pentues, loin d’être des plateaux plats, sont connues pour leur fort ruissellement et les inondations répétées rapportées par le voisin pas seulement anecdotiques. L’arrêt souligne avec force l’absence d’étude hydraulique spécifique sur le détournement potentiel des eaux pluviales occasionné par l’imperméabilisation partielle de 16 000 mètres carrés de terrain.

Un autre point crucial concerne l’impact sur la biodiversité. La zone recense la présence de plusieurs espèces protégées, dont le vison d’Europe, qui représentent une richesse écologique non négligeable face à laquelle le projet doit impérativement s’adapter. La justice souligne que les travaux pour raccorder électriquement les différents secteurs, impliquant creusement et terrassements, n’ont pas été correctement évalués quant à leurs effets sur ce fragile écosystème.

Enfin, la question du paysage vient également en appui de cette annulation. La rupture visuelle créée par ces panneaux, bien que compensée partiellement par la plantation de haies, se révèle incompatible avec le Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) de la Communauté de communes du Pays grenadois. Le projet, qualifié d’installation de caractère industriel, risque de dénaturer l’identité visuelle de ce territoire rural en surplomb.

Ces critiques rejoignent une tendance nationale où plusieurs projets photovoltaïques enregistrent des contestations sur leurs implications réelles pour la nature et les paysages, un sujet qui alimente régulièrement le débat sur l’impact des centrales solaires sur la biodiversité.

Le voisin Frédéric Prothin : vigilance et engagement local contre certains projets agrivoltaïques

Le cas de Frédéric Prothin illustre bien comment un simple habitant peut devenir un acteur clé dans le suivi d’un projet aussi colossal que Terr’Arbouts. Depuis un an et demi, ce résidant de Castandet s’est engagé dans une bataille sérieuse, réalisant un recours détaillé de 90 pages pour dénoncer un dossier qu’il jugeait biaisé en faveur du porteur de projet.

Ce voisin ne sous-estime pas les bénéfices potentiels de l’agrivoltaïsme, mais il tient à ce que ce développement ne se fasse pas au prix de la dégradation environnementale et paysagère. Par son engagement au sein de la Sepanso 40 (même si à titre personnel, en raison des tensions internes), il représente une vigilance citoyenne forte sur la manière dont l’énergie solaire s’intègre au territoire.

Son combat montre combien la cohabitation entre agriculture, énergie et environnement nécessite des équilibres délicats. Chaque hectare perdu à cause d’un permis retiré comme ici affecte la viabilité économique d’un projet dont l’ambition repose sur une agriculture durable sous panneaux. Jean-Michel Lamothe, président de PATAV, alerte justement : lâcher prise sur ces îlots mine la structure économique globale et remet en cause la pérennité du modèle intensif de cette nouvelle forme d’agriculture solaire.

Interrogé à ce sujet, Frédéric Prothin reste prudent mais ferme, conscient que la voie judiciaire pourrait encore évoluer. Cette affaire n’est pas isolée et rappelle que les conflits locaux autour de projets agrivoltaïques prennent parfois des tournures inattendues, entre espoirs collectifs de transition énergétique et inquiétudes sur la préservation des sols et du cadre de vie.

agrivoltaïsme dans les landes : deux permis sur 53 obtenus par terr’arbouts annulés par la justice, suscitant la réaction d'un voisin.

La continuité agricole mise en doute par la justice dans certains secteurs du projet Terr’Arbouts

L’agrivoltaïsme, loin d’être une simple juxtaposition d’énergie solaire et d’agriculture, repose sur une promesse forte : maintenir une activité agricole viable et authentique sous les panneaux. Or, cette condition est au cœur du contentieux entourant les îlots 28 et 30.

Si le projet Terr’Arbouts se présente comme un modèle innovant – zéro phyto et respectueux des sols dans une Zone fragilisée par la pollution herbicide -, la justice s’est montrée sceptique quant à la réalité économique et opérationnelle des cultures envisagées. Elle souligne l’absence de résultats chiffrés issus d’expérimentations réalisées à Hontanx, mises pourtant en avant pour démontrer la faisabilité agricole.

Les interrogations portant sur les types de cultures, leur calendrier et leurs débouchés économiques soulignent une fragilité dans l’assise réelle de ce volet agricole. Il n’est pas seulement question d’installer des panneaux solaires, mais bien de garantir que ces systèmes hybrides puissent générer une valeur agricole cohérente et durable.

Ce manque de données concrètes s’oppose à ce que la loi impose pour les agrivoltaïques, où l’intégration entre production d’énergie et exploitation agricole doit être indissociable. Ce point est d’autant plus stratégique pour convaincre non seulement les instances publiques, mais aussi les riverains et associations environnementales.

Dans ce contexte, l’arrêt qui mentionne que l’étude d’impact est entachée d’omissions et d’insuffisances remplit une fonction essentielle : rappeler que la rigueur scientifique doit primer dans ce type de projet multidimensionnel, sous peine de fragiliser l’avenir même de l’énergie solaire multifonctionnelle.

Un projet solaire parmi les plus vastes de France confronté à des défis multiples entre justice et agriculture

Terr’Arbouts est sans conteste l’un des projets agrivoltaïques les plus ambitieux du pays, mobilisant une enveloppe de 300 millions d’euros pour étendre sur plus de 1 400 hectares un modèle pionnier dans les Landes. En associant l’énergéticien GLHD à un collectif d’agriculteurs, il cristallise les espoirs d’une agriculture durable conjuguée à une production d’énergie solaire significative.

Pour autant, cette phase de réalisation met en exergue les défis associés à la convergence de ces deux univers : les enjeux juridiques, la communication avec les riverains, mais aussi la complexité d’une gestion environnementale sans faille. Ces dernières années ont montré, vocation oblige, que l’agrivoltaïsme n’échappe pas aux critiques, souvent alimentées par des manifestations locales, des recours administratifs, voire des mouvements citoyens autour des espaces naturalisés.

Le cas des permis annulés par la justice illustre une exigence renforcée à laquelle devront se soumettre les porteurs de projet pour garantir l’acceptabilité sociale et environnementale. En conservant 51 permis valides, le cœur du projet reste fonctionnel, mais les 14 hectares disputés (soit une portion du territoire) rappellent que chaque carré de terre doit être défendu avec rigueur.

Dans ce contexte, la dynamique autour de Terr’Arbouts rejoint des débats plus larges sur la manière dont la transition énergétique peut s’inscrire durablement dans les territoires agricoles, en respectant leurs continuités et leurs spécificités. Cette ambition, partagée par nombre d’acteurs, se nourrit régulièrement d’exemples concrets. On peut notamment se référer à certaines initiatives de vignerons qui adoptent l’agrivoltaïsme pour s’adapter au climat, offrant des modèles alternatifs et innovants pour conjuguer énergie solaire et agriculture.

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